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Programme pour un théâtre d'enfants prolétarien

 


Programme pour un th��tre d'enfants prol�tarien
de Walter Benjamin

Historique du texte

A Berlin en 1928, la metteur en sc�ne lettone Asja Lacis arrive de Moscou, o� elle �tait l'assistante de Meyerhold. Charg�e d'une forte r�flexion politique, � la fois th�orique et pratique, elle d�cide de monter une ��cole pour enfants�. Elle propose son projet � la Maison Liebknecht, qui lui demande d'argumenter son projet par �crit. Asja Lacis sollicite la plume de son ami Walter Benjamin pour donner une forme th�orique et probl�matis�e aux th�ses artistiques qu'elle d�fend. Dans une premi�re version (aujourd'hui perdue), Benjamin r�dige un texte d'un extr�me complexit�, inutilisable pour les fins de communication recherch�es. Dans ses m�moires, Profession : r�volutionnaire, Asja Lacis �crit : �Je rendis son texte � Benjamin, pour qu'il le r�dige de fa�on plus intelligible.� Ce qu'il fit, dans un Programme pour un th��tre d'enfants prol�tarien. La force de ce texte reste aujourd'hui intact. Derri�re le vocabulaire d'�poque, forc�ment terni, on y sent, comme en acc�l�r�, la puissance et les limites de la vision du th��tre politique qui va irriguer tout le si�cle.

�Tout mouvement prol�tarien, d�s qu'il s'est d�gag� du sch�ma de la discussion parlementaire, voit surgir devant lui, comme la plus puissante mais aussi comme la plus dangereuse des multiples forces auxquelles il se trouve � l'improviste confront�, la nouvelle g�n�ration. (�)

Nous demandons simplement, mais nous ne cesserons pas d'insister, les instruments appropri�s � une �ducation de classe des enfants prol�tariens. Et nous laisserons de c�t�, dans ce qui vient, la question de l'instruction scientifique, les enfants devant recevoir une �ducation prol�tarienne bien avant tout enseignement prol�tarien (en mati�re de technique, d'histoire de classe, d'�loquence, etc�). En ce qui nous concerne, nous commen�ons d�s la quatri�me ann�e.

En fait, conform�ment � la situation de classe de la bourgeoisie des petits manque de tout syst�me. Non que la bourgeoisie n'ait pas un syst�me d'�ducation propre, le contraire est trop �vident. Mais son �chec dans la sph�re de la jeune enfance trahit singuli�rement l'inhumanit� de ses contenus. Le vrai seul est en mesure d'agir productivement sur cet �ge. L'�ducation prol�tarienne des petits doit se distinguer de l'�ducation bourgeoise en premier lieu par le souci du syst�me. Syst�me �quivaut ici � cadre. Le prol�tariat trouverait parfaitement intol�rable que tous les six mois, comme dans les jardins d'enfants de la bourgeoisie, une nouvelle m�thode, dot�e des raffinements psychologiques les plus modernes, fasse son entr�e dans la p�dagogie. Partout, et la p�dagogie ne fait nullement exception � la r�gle, l'int�r�t pour la �m�thode� rel�ve d'une position fort bourgeoise, de l'id�ologie du b�clage � r�p�tition et de la fain�antise av�r�e. Donc l'�ducation prol�tarienne requiert en toutes circonstances d'abord un cadre, un champ objectif dans lequel �duquer. Non pas, comme la bourgeoisie, une id�e laquelle on �duque. (�)

L'�ducation de l'enfant exige que sa vie enti�re soit mise en jeu.

L'�ducation prol�tarienne exige qu'il soit �duqu� dans un champ limit�.

Telle est la dialectique positive de la question. Et le th��tre d'enfants prol�tarien est pour l'enfant prol�tarien le lieu dialectiquement d�fini de l'�ducation, puisque la vie enti�re dans sa profusion sans limite s'y manifeste encadr�e dans le seul et unique champ du th��tre. (...)

Le th��tre de la bourgeoisie actuelle est �conomiquement d�termin� par le profit ; sociologiquement, devant comme derri�re les coulisses, c'est en premier lieu un instrument de sensation. Tout autre le th��tre d'enfants prol�tarien. De m�me que le premier geste des bolcheviques a consist� � lever le drapeau rouge, leur premier instinct leur conseilla d'organiser les enfants. Et le th��tre d'enfants, motif fondamental de l'�ducation bolchevique, occupe le centre de ce travail d'organisation. Faut-il une contre-�preuve pour v�rifier le fait? La voici : la bourgeoisie, quant � elle, ne con�oit rien de plus dangereux que le th��tre pour le monde de l'enfance. N'y voyons pas seulement un dernier effet de cet �pouvantail � honn�tes gens que repr�senta jadis le com�dien ambulant ravisseur d'enfants, mais surtout la r�sistance d'une conscience angoiss�e qui s'effraie de voir le th��tre convoquer chez l'enfant les forces vives de l'avenir. Cette m�me conscience va donc commander � la p�dagogie bourgeoise de proscrire ce genre d'activit�. Sait-on seulement comment r�agirait ladite p�dagogie en �prouvant concr�tement la proximit� de ce feu o� jeu et r�alit� fusionnent, si intimement que la souffrance simul�e peut devenir authentique et le coup de b�ton fictif r�el?�
© 2001 - bruno tackels & [sprechgesang]
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