accueil | entretien | voyage | un théâtre d'enfants... | notes 1 & 2 | clinique | genesi | liens


Genesi


Fragments des commencements
I. Au commencement

La gen�se commence par nous, modernes, � l'origine. Nous sommes � Vienne, au cœur de l'Europe civilis�e, dans les salons de l'Acad�mie des sciences. Marie Curie vient de d�couvrir la radio-activit�. l L'art des savants manipulateurs qui jouent de la mati�re comme on joue sa vie sur un coup de pistolet. Lucifer est l�, v�tements d'apparat et chapeau haut de forme, le premier � venir lui rendre hommage. Discours de Lucifer � l'homme, il redit les premiers mots de dieu, les tout premiers, ceux de la Gen�se, ceux qui ont fait na�tre le monde. Ses mains d�mesur�ment longues accouchent les mots de dieu, � dieu livr�s. Les mots accouchent la mati�re. Et maintenant la mati�re, gr�ce au radium, est devenue l'�gal de dieu � elle fabrique en elle-m�me sa propre �nergie. Porteur de lumi�re : c'est le nom m�me de Lucifer.

Il quitte son pupitre, laisse vesture. L'espace se nufdifie, comme lui, Lucifer, maigre et long comme ses mains. Passe maintenant la porte �troite, dans un terrible vacarme. Il est Adam, Lucifer, le premier des hommes, le premier � faire un monde � partir du monde, pour le bien et pour le mal. Car l'arbre de la connaissance, celui que l'homme dans l'Eden ne devait pas approcher, on oublie trop souvent son nom v�ritable : l'arbre du bien et du mal.

Adam peut commencer � peupler son d�sert, g�n�rations de monstres et de cadavres sech�s. L'�preuve peut commencer : le corps de l'homme bat et plie, pr�t � toutes les courbures et capables de toutes les amputations pourvu que la vie dure � l'arbre de la vie �ternelle est le deuxi�me arbre du paradis, on l'oublie souvent. Et rien dans la Bible ne dit si l'homme y a touch�

Le corps plie, tord mais tient bon, pleine vie, d�sesp�remment vivante.
***
II. Auschwitz

V�tus de longues tuniques blanches et cagoules, les enfants jouent dans la grande chambre claire, les voilures tendres bougent au vent. Il y a du souffle. Douceur, calme, il semble � � moins que ce ne soit qu'une accalmie. Ou la fausse intimit� d'une enfance d�j� vol�e, pr�te au sacrifice des hommes.

Derri�re le voile perce la froideur lisse d'un monde clinique. Un monde o� la vier ne compte plus du tout. Ici le but n'est pas de sauver des vies, mais d'en faire l'analyse anatomique. Au plus profond de la chambre, un nouvel Adam Lucifer, invisible, s'est mis dans la t�te de redevenir dieu. Il pr�l�ve des organes d'enfants pour fabriquer la vie �ternelle. Eternit� des bourreaux.



Pendant ce temps les petits jouent dans la grande chambre blanche. On entend la voix tranquille de Luis mariano. Ils jouent avec des accessoires d'enfants (qui sont aussi ceux du drame des adultes) : le salon miniature, le petit train de marchandise, chapeaux haut de forme, oreilles de lapin. D'un coup la sc�ne change de couleur. La douceur se fait cruelle : les enfants d�signent le coupable, l'�missaire responsable de tout le mal, � �gorger comme un poulet. Sac sur la t�te. Cris stridents de l'enfant mort. Patte, Griffe du malin. Echo insupportable de l'enfant mis � mort dans la chambre froide des enfants qui vont mourir. C'est silence. Il y a juste une vois encore. ce n'est plus Luis Mariano. C'est Antonin Artaud : Je ne suis pas fou, je ne d�lire pas, je ne suis pas.

Noir. Blanc. Rideau.
***
III. Ca�n et Abel

Retour sur la terre, la rouge � l'humaine, faite de tourbe et de sueur. Retour aux circulaires mouvements terrestres des vivants � s'ils sont encore vivants, les deux hommes qui s'avancent. Dans leur corps vivent les commencements anciens, gen�ses de la vie et de la mort, re�ue et donn�e. Dans leurs corps vibrent s�rement les mots d'Auschwitz � m�me s'ils ne le savent pas. Dansent maintenant dans l'ar�ne de leur proche courronnement � l'un contre l'autre, l'un ou l'autre, seulement. Ils ne le savent pas.

Ils ont des noms anciens, ils sont fr�res. C'est Ca�n, c'est Abel. Le cultivant et le nomade � ennemis, dit-on, dit la Bible : la terre et l'animal. Deux sources de vie distinctes, �gales. Ca�n voulait tout, les champs et les troupeaux. Ca�n tue son fr�re, maudit, il est vou� � l'errance. Chez les hommes, depuis ce temps, le voyage est vu comme le mal � l'incarnation de tous les maux : exils, banissements, d�portations, fuites, pertes. Ca�n n'a pas vu que la libert� �tait en lui. Pas chez l'autre. Ca�n n'avait pas le bras sensible pour toucher sa propre libert�. Ca�n a fait de son bras atrophi� l'arme de tous ses crimes. Abel son fr�re meurt �touff� de la faiblesse de son fr�re, Ca�n, gagnant courronn� perdant tout. Gen�se peut-�tre d'une justice possible : tout perdu qu'il est maintenant, sous le regard des chiens de la ville, Ca�n s'allonge sur le corps mort de son fr�re, la seule couche qui le tienne encore debout.

Genesi, gen�ses (possibles) de l'homme : connaissance, puissance, errance. R�ve, calcul, sacrifice. Richesse, comabt, �treintes. Et tous les autres fruits de l'arbre encore inconnu.
© 2001 - bruno tackels & [sprechgesang]
Tous droits réservés